La Citadelle des ténèbres

La Citadelle des ténèbres - Chapitre 1

“Entre étranger ! Viens poser tes fesses près du feu, t’as l’air transi… M’est avis qu’une bonne chopine te réchaufferait le gosier et le reste. Tiens, bois ça, c’est la meilleure bière du comté.
Ouais, c’est calme ces derniers temps… La neige bloque la route neuve qui mène à la Chênevraie et les voyageurs se font rares. Mais toi, d’où que tu viens ? Ah, t’es passé par la vieille route ? Ben t’es courageux mon gars. Y a plus grand-monde qui passe par ce coin-là… Même si depuis un certain temps, on entend plus parler d’attaques de gobelins.
Maintenant que j’y pense, ça remonte au moment où ce groupe de têtes brûlées est parti à la recherche des enfants Hucrelle.
Quoi ? T’as jamais entendu parlé de cette histoire ? Ca se voit que t’es pas du coin, mon gars. Ici, tout le village en parlait !
Ah, je sens que t’as envie que je te raconte ça ! Rien de mieux qu’écouter une bonne histoire près d’un bon feu, pas vrai ? Alors cale-toi bien au fond de ton siège, tu vas pas en croire tes oreilles…

C’était il y a quelques mois, un peu avant le solstice d’été. La grand-mère Hucrelle, Kérowyn Hucrelle, venait de passer une annonce dans la gazette du comté. Ses petits-enfants, un guerrier et une magicienne du nom de Talgen et Sharwyn Hucrelle, avaient disparu après avoir rejoint une troupe d’aventuriers un mois auparavant. Dans ce petit groupe, il y avait aussi un certain Sire Bradford, paladin de Pelor à moustaches, et un rôdeur avec un nom ridicule, Karakas je crois… Bref, le groupe était parti explorer l’endroit qu’on appelle ici la Citadelle des Ténèbres. Ouais, je sais, ça fait un peu grandiloquent, mais bon, tu sais comment ça se passe : les gens aiment bien se faire peur. Cette citadelle est paraît-il tombée il y a des siècles au fond du gouffre à côté duquel t’as dû passer tout à l’heure. Ouais, là où il y a les colonnes brisées, exactement.

Ils étaient partis là-bas parce que, depuis une petite dizaine d’années, une tribu de gobelins venaient au village vendre une pomme magique capable de soigner n’importe quelle maladie. Si si, j’te jure ! En général, les gens claquaient toutes leurs économies dans un seul fruit, ce qui fait que les gobs ramassaient une petite cinquantaine de pièces d’or à chaque fois, avant de repartir fissa dans leur trou, à la Citadelle justement ! Y a bien eu des malins pour essayer de planter les pépins, mais dès qu’un arbuste commençait à pousser, quelqu’un se débrouillait pour le faire disparaître…
Donc les aventuriers, qui voulaient en savoir plus sur cette affaire, sont descendus dans le gouffre… et ne sont jamais remontés !

Mémé Hucrelle, ne voyant pas revenir ses rejetons, a donc recruté d’autres types inconscients pour aller à leur rescousse. Y en a eu que cinq à se présenter de toute façon, les gens ne sont pas suicidaires non plus, hein… Y avait deux petits gars du coin, des frangins : ils avaient fait les quatre cent coups dans le village quand ils étaient gamins, mais là je crois que ça ne leur suffisait plus. Ils avaient envie de pognon et de gloire. Le plus grand, Selvan, c’était un cas à part dans le patelin. Un demi-elfe ! C’est sûr qu’on en a pas eu beaucoup des comme lui : beau-parleur, tombeur, et malin et agile comme un singe avec ça. Son petit frère, Kevan, tenait une petite taverne avant d’avoir une… comment qu’on dit déjà ? Ah voilà, une épiphanie ! Un soir qu’il était saoûl comme un cochon, Cayden Cailéan lui serait apparu en personne pour lui demander de devenir prêtre. T’y crois à ça toi ? En tout cas, Kevan c’était un sacré bestiau, il était rudement costaud.
En plus des deux frangins, il y avait aussi un elfe, Caladrel : celui-là, j’ai bien vu qu’il voulait faire le malin avec sa magie dans mon auberge. Mais ici, la magie c’est interdit ! Une fois, un type a transformé un de mes clients en chaise, et ben je peux te dire qu’on était bien emmerdé… Va essayer de refourguer une chaise qui parle, toi !
Il y avait également une druidesse plutôt gironde : Verana qu’elle s’appelait. Elle se baladait partout avec une sorte de gros chat. Bon j’ai pas eu de soucis avec la bestiole, elle a pas fait ses besoins partout dans la salle commune. Et pour finir, il y avait un nain qui causait pas beaucoup, un certain Tarsk. C’était la première fois que j’en voyais un habillé en peaux de bêtes. D’habitude, c’est plutôt armure lourde et casque à cornes… Bon, il avait quand même un hache plus grande que lui, et un air sacrément chafouin.

La mère Hucrelle leur a donc expliqué la situation, et leur a promis 125 pièces d’or par tête et par gamin sauvé, voire le double s’ils ramenaient les deux en bon état. Dans le pire des cas, ils pourraient toujours toucher la récompense en ramenant la chevalière des gosses, si par malheur ils y étaient restés.
Une fois le contrat accepté, les gars se sont pointés ici pour prendre un verre. Mais j’ai vite compris que c’était surtout pour en savoir un peu plus sur leur affaire. Et tu sais comment ça se passe : nous les aubergistes, on est vite au courant des rumeurs qui circulent, surtout dans un petit patelin. Mais bon, comme ils étaient sympathiques, je leur ai balancé tout ce que je savais ou que j’avais entendu à droite et à gauche. L’histoire des attaques de gobelins sur la vieille route, les types qui étaient partis avec les petits Hucrelle, etc. Je leur ai aussi parlé d’un type nommé Belak, un gars pas souriant pour un sou accompagné d’une énorme grenouille, qui s’était pointé ici il y a 13 ans. Pour finir, je leur ai aussi raconté que j’avais entendu dire que l’hiver, les gobelins vendaient aussi très cher une pomme blanche empoisonnée.

Ils sont donc partis peu de temps après en direction du gouffre. Même s’ils avaient acheté quelques torches entre temps, je me suis dit qu’ils étaient un peu inconscients de partir là-bas à la nuit tombée. Ben ça n’a pas raté, ils se sont fait attaquer en chemin par deux créatures étranges – je crois que ça s’appelle des nielleux – toutes en brindilles et morceaux de bois. Bon, ils ont eu aucun mal pour s’en débarrasser. En deux coups de cuillère à pot c’était réglé : il restait plus des bestioles que du petit bois.

Ils sont ensuite arrivés au bord du gouffre, ont découvert les colonnes brisées, et ils ont surtout découvert les traces de passage de l’ancien groupe. Une corde à nœuds était accrochée à l’une des colonnes pour descendre dans le ravin. Mais il y avait aussi des prises pour escalader la falaise. Du coup, ça a été une longue discussion pour décider de la meilleure marche à suivre : corde ou escalade ? Finalement Selvan a pris les devants, et a commencé à descendre par la corde. Pas de bol, la corde devait être glissante à cause de l’humidité nocturne, et le gamin s’est rétamé 7 mètres plus bas ! Autant te dire qu’il a pris cher… Et il n’était pas au bout de ses malheurs : trois énormes rats sanguinaires l’attendaient pour le boulotter ! Ils se sont jetés sur lui pendant que les autres gars étaient encore coincés en haut. Après être descendus – difficilement pour le nain qui s’est aussi cassé la gueule – le combat a commencé. Et autant avec les nielleux, ça avait été de la gnognotte, autant là, c’était une autre paire de manches. Trois des gars ont failli y passer : heureusement que le gros chat de la druidesse avait une dent contre les rats, et que le magicien pouvait envoyer des sorts depuis le haut de la falaise, sinon leur aventure se terminait avant même d’avoir commencé.

Une fois un peu soignés par Kevan, ils ont pu descendre les trois plates-formes qui les amenaient – dans l’obscurité – à la forteresse proprement dite. Le bâtiment était quasiment en ruine. Il s’était tellement enfoncé dans le sol que la tour devant laquelle ils sont arrivés, ben on en voyait plus que le haut. En bas des escaliers, devant cette tour, il y avait une petite cour remplie de gravats, avec de grosses pierres branlantes. Je peux te dire que la traversée de la cour n’a pas été facile… Bref, ils sont enfin arrivés devant la porte en bois, qui semblaient être l’entrée de la citadelle. Selvan, en gars malin qu’il est, a commencé a regarder de près la porte pour voir si elle n’était pas piégée. Mais il n’avait pas pensé a regarder devant la porte, et – à croire que c’est une malédiction – il est tombé au fond d’un trou quand une trappe s’est ouverte sous ses pieds ! Dans le trou, pas large du tout, des cadavres de gobelins plus ou moins frais, et surtout un autre énorme rat qui s’est jeté sur le demi-elfe, au grand dam de ses camarades. Mais le gamin, fanfaron comme pas deux, a refusé la corde lancé par le nain, malgré l’insistance de son frangin, et a voulu buter la bestiole tout seule. Au final, c’est Kevan et Verana qui ont fini le rat à coups de pierres depuis le haut du trou…

Après cette descente difficile, nos héros étaient enfin prêts à entrer dans la forteresse et a découvrir son secret…

Bon, on fait une pause mon gars ? Je commence à avoir le gosier asséché et j’irais bien me chercher une petite chopine… Quoi ? Fais pas cette tête ! Je reviens dans cinq minutes et je te promets que je te raconte la suite…"

Comments

Comment il a l’air trop bien Selvan….

 

Ouais, enfin sans Kelvan et Verana, il était mort dans un trou, hein ;)

 

Hey, c’est plus cool raconté comme ça xD !

 

La prochaine fois c’est l’un d’entre vous !

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